Le sabbat et l’homme à la main desséchée

Alors que la scène de controverse précédente se déroulait quelque part, dans l’atmosphère paisible et dorée d’un champ de blé, la scène suivante se déroule en plein cœur de « la synagogue ».

« Il lui arriva en un autre sabbat d’entrer dans la synagogue et d’enseigner. Il y avait là un homme dont la main, celle de droite était desséchée »

En lisant la manière dont Mathieu relate et relie les deux événements : « Et s’éloignant de là il alla vers leur synagogue » , on pourrait croire que tous deux ont lieu le même sabbat. « Et s’éloignant de là [du champs de

blé] il alla [à l’instant même] vers leur synagogue » . En outre, confortant cette manière de pensée, la tournure « Et il entra de nouveau dans la synagogue »   qu’emploie Marc pour introduire la même scène pourrait être interpréter comme un retour de Jésus « vers la synagogue » qu’il avait auparavant, toujours au même sabbat, quitté. Cependant, Luc nous apprend clairement qu’il en va tout autrement. C’est « en un autre sabbat », écrit-il, que Jésus se rend « dans la synagogue ». Dans ce cas, de la déclaration de Mathieu, l’on pourrait comprendre que, « s’éloignant de là : [du champs de blé], il alla , [Non pas nécessairement dans l’immédiat]  vers leur synagogue » . Cette compréhension des événements se voit aussi confortée par la tournure « Et il entra de nouveau dans la synagogue »  qu’utilise Marc. Jésus « entra de nouveau  [en un autre sabbat] dans la synagogue  » .

« Il lui arriva en un autre sabbat d’entrer dans la synagogue et d’enseigner » 

Nous sommes encore au tout début du ministère du Christ et celui ci toujours « selon sa coutume »  se rend à la synagogue ou il peut encore « enseigner ». Si aucun des évangélistes ne nous informe quant à cet enseignement que Jésus donnait , c’est pour mieux focaliser l’attention du lecteur sur « la main » d’un homme qui se trouvait dans la synagogue.

« Il y avait là un homme » 

Hormis une brève, mais essentielle information sur « la main » de cet homme, nous ne savons strictement rien de son identité.

« Il y avait là un homme dont la main, celle de droite était desséchée » 

La main de cet homme joue dans tout ce récit un rôle fondamental. C’est la trame de fond sur laquelle se tissera tous les fils de la controverse. Les trois évangélistes s’accordent pour dire qu’elle était « desséchée ». Selon la forme verbale  qu’utilise Marc nous pouvons dire que cet homme n’eut pas toujours la main desséchée. Atteint d’une quelconque maladie il dut en perdre l’usage, d’où l’expression « desséchée » . Luc, tel un médecin au diagnostique rigoureux, précise que c’est « la main, celle de droite [qui] était desséchée » .

La controverse entre Jésus les scribes et les Pharisiens

« Ils l’interrogèrent » 

C’est alors, selon Mathieu, qu’interviennent les scribes et les pharisiens  qui, sur de l’issue de la controverse, n’hésitent pas à lancer le débat.

« Ils l’interrogèrent disant s’il est permis, le sabbat de guérir ? » 

La problématique est la même que celle de la précédente controverse. Elle concerne ce qu’il est permit de faire le jour du sabbat. Cependant alors que dans la précédente controverse la question alimentaire servait de trame à la discussion, dans la situation présente c’est la guérison qui sert de fondement au débat. Est-il « permis, le sabbat de guérir ? »

« Ils l’interrogèrent disant s’il est permis, le sabbat de guérir ? afin qu’ils l’accusent » 

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La question n’est ni lancée au hasard, ni désintéressée. D’ailleurs, ce n’est nullement le désir sincère de mieux connaître la volonté de Dieu concernant ce qu’il est possible de faire le Sabbat qui motive leur demande. En réalité, elle camoufle un piège machiavélique minutieusement échafaudé  à l’attention de Jésus, le nouveau maître qui exerce depuis peu et qui ose s’élever contre des traditions admises par les grands de la nation. En effet les scribes et les Pharisiens agissant de concert manigancent sournoisement, aux dépens de Christ , un véritable guet-apens public.

Les adversaires du Christ espèrent bien qu’il ne voie rien et se laisse prendre au piège. Ainsi, telle une meute de fauve guettant leur proie, ils « l’épiaient pour voir s’il guérissait pendant le sabbat » . Le but de la manœuvre est de « voir s’il guérissait pendant le sabbat afin qu’il trouve de quoi l’accuser » . Il serait ainsi condamner publiquement comme transgresseur de la loi, non pas au travers de ses disciples, mais personnellement.

Le plan était habilement monté. La première scène de controverse avait eut lieu dans la solitude et l’intimité d’un champ doré.) C’était à l’abri des regards de la foule que le Christ et ses disciples avaient été interpellé). Mais ce sabbat là, l’animation, le mouvement, l’attention, des membres de la synagogue rendraient ce débat des plus palpitant. L’humiliation du Christ qui devait s’en suivre, ne pourrait que renforcer aux yeux de tous l’autorité des scribes et des Pharisiens.

« Mais lui connaissait leurs raisonnements. » 

Selon le témoignage de Luc, le sauveur n’ignorait nullement les « raisonnements » et calculs perfides que ses adversaires machinaient à son sujet. « Il connaissait leurs raisonnements. » . 

Il savait bien qu’une guérison opérée en un jour de sabbat serait considérée par l’opinion publique comme une transgression. Cependant il poursuivait un but bien défini. Ses adversaires au lieu de l’humilier l’aideraient à l’atteindre. Profitant de l’occasion qu’ils lui offraient, il n’hésitera pas à ébrécher une nouvelle fois, en plein cœur de la synagogue, c’est à dire publiquement, la muraille des exigences traditionnelle dont on avait entouré le sabbat.

« Il dit à l’homme ayant la main desséchée : lève-toi et tiens-toi debout au milieu ; et s’étant levé il se tint debout » 

« Lève-toi », dit-il à l’homme qui avait la main desséchée. La position assise qui était probablement la sienne ne correspondait pas comme il le fallait au dessein que se proposait le Christ. De plus sans doute un peu à l’écart, tous ne pourraient bien le voir. Il faut donc qu’il se tienne « debout au milieu ». Les adversaires de Jésus voulaient une occasion pour l’accuser publiquement et ternir ainsi sa réputation. Ce sabbat là, ils croyaient la détenir. Or, Jésus tout en le sachant, ne tenta même pas de l’éviter. Il allait même la leur offrir : « s’étant levé [l’homme] se tint debout ». La controverse devenait ainsi le centre d’intérêt, le point de l’attention de tous.

Que faire le sabbat, le mal ou le bien ?

« Et Jésus leur dit : Est-il permis le sabbat de faire du bien ou de faire du mal, de sauver ou de tuer une vie ? » 

Selon l’évangéliste Marc , le problème fondamentale tourne autour de ce qu’il est permis de faire le jour du Sabbat. Les Pharisiens qui épient Jésus n’ont aucun doute sur la réponse à la question qu’ils ont eux-mêmes posés. De même qu’il n’était pas permis aux disciples de cueillir des épis de blé le Sabbat pour apaiser leur faim, de même il n’est pas non plus permis que l’on guérisse un jour de Sabbat.

S’« ils l’interrogèrent disant s’il est permis, le sabbat de guérir ? [c’est] afin qu’ils l’accusent » . Par conséquent l’opinion de Jésus sur la question est pour eux véritablement secondaire. La sentence, déjà décidée par eux, n’attend que l’instant favorable afin d’être rendu publique. Si le Christ, sans ambages, avait répondu : « oui il est permis de guérir le jour du Sabbat », il aurait joué le jeu de ses adversaires. Les personnes présentes dans la synagogue n’étaient pas sans accorder quelque estime à ceux qui voulaient piéger le Christ. Ils ignoraient certainement leur perfide intention. Aussi le Christ ne donna-t-il pas d’emblée une réponse directe opposée à la tradition admise. Tradition dont les Pharisiens et les scribes étaient les représentants respectés. Au lieu d’atteindre le but qu’il se proposait, montrer le caractère déraisonnable des traditions généralement admises, il aurait éveillé les préjugés et la méfiance des auditeurs de la synagogue.

Il se plaça donc sur le propre terrain de ses adversaires et demanda « Est-il permis le sabbat de faire du bien ou de faire du mal, de sauver ou de tuer une vie ? »

« Celui-ci leur dit : quel sera l’homme d’entre vous ? » 

Mathieu nous apprend que le Christ pose une autre question. Elle complète sa première question par l’illustration qu’elle en donne.
Lorsqu’il avait été interpellé dans les champs de blé, Jésus avait argumenté en fixant l’attention des Pharisiens vers des points précis de la loi. « N’avez-vous pas lu » était la tournure interrogative qu’il privilégiait. Mais ici, il ne fera aucune allusion aux Ecritures. Il pointera sa réponse, sous forme de question, en plein cœur du groupe de ses adversaires. « Quel sera
l’homme d’entre vous ? ». Une question d’ordre éthique si directe, si soudaine et si personnelle, posée de plus au milieu de la foule qu’on imagine attentive, ne pouvait qu’inhiber l’assurance des adversaires.

« Quel sera l’homme d’entre vous, s’il n’a qu’une seule brebis et que celle-ci tombe dans un trou, le sabbat, ne l’en saisira et ne l’en enlèvera ? 

  • « Quel sera l’homme d’entre vous », demandait le Christ qui, « s’il n’a qu’une seule brebis et que celle-ci tombe dans un trou, le sabbat, ne l’en saisira et ne l’en enlèvera ? » 
  • Lequel parmi eux sera celui qui pourra, fermant ses oreilles aux cris et bêlements d’une malheureuse bête en détresse un jour de sabbat, la laisser endurer pour de nombreuses heures les souffrances d’un trou, ?
  • Lequel parmi eux sera celui qui pourra, fermant ses yeux aux souffrances de sa propre et unique brebis, prisonnière d’un trou le jour du sabbat, risquer de la voir succomber, et en supporter la perte matérielle ?

Silence. Pas la moindre réponse. Les adversaires du Christ paraissent privés de toute réaction. Mathieu ne fait allusion à aucune tentative de réponse de leur part. Mais leur silence, leur réserve, cachant mal l’embarras probable dans lequel il se trouve, ne constitue pas moins leur réponse à tous.
De toute évidence, aucun « homme d’entre [eux],
 s’il n’[avait] qu’une seule brebis et que celle-ci tombe dans un trou, le sabbat, ne » l’y laisserait. Aucun ne serait prêt à subir une telle perte. Voilà la réalité et la vérité que le christ, en une unique question dévoile à toute la synagogue ce sabbat là. Ses adversaires, en aussi grand nombre qu’ils étaient, obligés de l’admettre, leur silence le démontre, sont incapables de le contester.

Il est permit le sabbat de faire le bien

« Combien donc l’emporte un homme sur une brebis. De la sorte il est permit le sabbat de faire le bien. » 

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Les cinq mots  suivants que prononça le Christ, « Combien donc l’emporte un homme sur une brebis », dévoilaient l’incroyable inhumanité de la tradition que ses adversaires défendaient concernant ce qu’il était permis de faire ou de ne pas faire le sabbat. Elle impliquait une cruelle réalité : les adversaires du Christ, même s’ils ne l’avouaient pas, sans doute par crainte de la foule, auraient préféré laisser quelqu’un souffrir, plutôt que d’enfreindre leurs traditions, tandis qu’ils auraient secouru un animal pour éviter une perte matérielle. « Combien donc l’emportait une brebis sur un homme ».

Le Christ ne peut supporter une telle dévalorisation de la personne humaine et déclare : « Combien donc l’emporte un homme sur une brebis ». Combien par conséquent l’emporte cet homme privé de l’usage de sa main droite, sur une brebis. L’homme malade, debout et posté au milieu de la synagogue, attirait, sans doute, instinctivement les regards. Sa main handicapée que tous pouvait voir criait silencieusement aux consciences que le Christ disait vrai. En vivante parabole, Elle donnait à l’argumentation du Christ toute sa portée.

« De la sorte il est permit le sabbat de faire le bien. » 

Le Christ, débridant les yeux des auditeurs de la synagogue a montré de manière irréfutable le caractère déraisonnable des exigences traditionnelles qui entouraient le Sabbat, il peut donc dire : « Il est permit le sabbat de faire le bien. » . Il est « permis le sabbat […] de sauver […] une vie » . Si tel est le cas il n’est pas « [permit] le sabbat […] de faire du mal, […] ou de tuer une vie »

La question « Est-il permis le sabbat de faire du bien ou de faire du mal, de sauver ou de tuer une vie ? »  que le Christ avait posé aux Pharisiens, plaçait subtilement et miséricordieusement à leur yeux leur mauvais desseins. Ils le surveillaient, « l’épiaient », le poursuivaient de leur haine jusqu’à vouloir l’assassiner, tandis que lui sauvait la vie à une foule de gens et leur apportait le bonheur.
« [Etait]-il permis le sabbat de faire […] du mal, […], de tuer une vie ? »  comme ils ourdissaient de le faire, plutôt que « de faire du bien […], de sauver […] une vie ? » comme lui se proposait de le faire ? Qui donc sanctifiait véritablement le jour du Sabbat ? Les Pharisiens, alors qu’ils nourrissaient le meurtre dans leur cœur, ou le Christ, alors qu’il entretenait dans son cœur pour les hommes l’amour qui s’exprime par des actes de miséricorde ?

« Et les regardant à la ronde avec colère, affligé de l’endurcissement de leur cœur, il dit à l’homme : Etends la main. Et il étendit et sa main fut rétablie »

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Il était évident que le Christ avait raison. Le piège machiavélique qu’ils avaient conçu au dépens de Christ qu’ils voulaient accuser, n’avait aboutit qu’à les plonger aux yeux du publique dans la confusion. Quel humiliation était donc la leur, eux qui passaient pour les maîtres de la nation ?

Se durcissant sans doute, pour ne pas reconnaître que c’était le Christ, qui, mieux qu’eux, comprenait quelle était la véritable et la juste observation du sabbat que demandait Dieu. Endurcissant leur cœur dans un désir criminel de l’éliminer, ils refusaient d’admettre qu’ils étaient dans l’erreur, enseignant l’erreur. C’est cela qui leur vaut le regard du Christ, regard circulaire comme le souligne …., ou peut se lire un sentiment de colère et d’indignation mêlé d’une sincère affliction. Marc, en fin psychologue, tente de nous faire pénétrer jusque dans les profondeurs des sentiments du sauveur.

« Et étant sorti les Pharisiens tinrent aussitôt conseil avec les Hérodiens contre lui pour qu’il le perde »

Le récit qui avait commencé par l’entrée de Jésus dans la synagogue s’achève maintenant sur la sortit des Pharisiens de la synagogue. Il n’avait visiblement fait aucun cas de la réponse du Christ. « Faire du bien […], sauver […] une vie »  le Sabbat leur importait peu car déjà « avec les Hérodiens [ ils tenaient un grave conseil ]contre lui pour qu’il le perde »

  Luc 6.6.

  Mathieu 12.9.

  Mathieu 12.9.

  Marc 3.1.

  Mathieu nous informerait quant à l’intention du Christ : aller dans la synagogue.

  La déclaration de Mathieu n’indique pas obligatoirement que Jésus arrive le même jour à la synagogue.

  Mathieu 12.9.

  Marc 3.1.

  D’où venait – il ? le texte ne le précise pas. Mais, ce que nous préciserons par la suite, nous pouvons supposer que Jésus revienne de la synagogue. Nous ne savons pas non plus vers quel lieu il se dirige.

  Commentant Mathieu 12.1, nous avions émit l’hypothèse suivante : C’est en revenant de la synagogue que Jésus avait du traverser des champs de blé.

A notre avis, l’expression : « Et il entra de nouveau » qu’utilise Marc conforterait ce point de vu. Elle pourrait fort bien indiquer l’intention qu’a le Christ de retourner, en un autre sabbat, toujours dans cette même synagogue ; Ce qui expliquerait l’utilisation, en référence à la synagogue, de l’expression « de nouveau ». Autrement on ne verrait pas à quoi son emploi pourrait se rapporter.

En outre, aucuns des trois évangélistes ne mentionnent un autre événement, survenus entre les 2 scènes de controverse, qui pourrait contredire notre proposition.

  Marc 3.1.

  Luc 6.6.

  Luc 4.16.

  Seul Luc d’ailleurs en fait allusion.

  Luc 6.6.

  Luc 6.6.

  ——- : ASF parfait participe passif de ——-, signifiant « ayant été desséchée ».

  plusieurs traduction traduisent même le terme « dessécher » par « paralyser ».

  Luc 6.6.

  Mathieu 12.10.

  Mathieu ne précise pas dans ce verset qu’il s’agit des Pharisiens, mais cela ne fait aucun doute. On peut très bien percevoir une continuité entre cette controverse et la précédente. Toutes deux concernent le sabbat. Les mêmes motifs de transgression sont sous-jacents aux deux récits, et de plus dans les trois évangiles ils se suivent. En outre à la fin de la péricope Mathieu identifie lui-même comme étant « les Pharisiens » (Mathieu 12.14) ceux qui tentent d’éliminer le Christ. C’est aussi à cause d’eux que Jésus « se retira de là » (Mathieu 12.15.). D’autres part Luc nous apprend que les scribes sont aussi présent et qu’ils joignent leur intention à ceux des Pharisiens (Luc 6.7)

  Mathieu 12.10.

  Mathieu 12.10. Des trois évangélistes, Mathieu est le seul à présenter cette question.

  Mathieu 12.10.

  La fin du récit nous montre la troupe des Pharisiens planifiant une nouveau piège.

  dans cette controverse, il n’est pas fait mention des disciples de Christ.

  Luc 6.7. si Luc et Marc nous révèlent avec Mathieu l’intention des scribes et des Pharisiens ils ne font pas d’allusion à la question posée à Jésus.

  Luc 6.7.

  Luc 6.8.

  Luc 6.8.

  Luc 6.8.

  Marc 3.4.

  Luc présente la même idée. Par contre Mathieu ne fait aucune allusion à cette question.

  Mathieu 12.10.

  Marc 3.4.

  Mathieu 12.11.

  Mathieu 12.11.

  Mathieu 12.11.

  Mathieu 12.12.

  Dans l’originale grec

  Mathieu 12.12.

  Mathieu 12.12.

  Marc 3.4.

  Marc 3.4.

  Marc 3.4.

  Marc 3.4.

  Marc 3.5.

  Marc 3.6.

  Marc 3.4.

  Marc 3.6.

 

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