Le sabbat est-il abolit ?

Le nombre significatif de controverses[1] présentes dans les évangiles qui mettent en scène « le Christ et le Sabbat » est ssurément surprenant.

ceci montre « l’attention et la place considérable données par les évangélistes aux guérisons Sabbatiques du Christ, […], ainsi qu’aux controverses ce jour là, montrent à quel point la question du Sabbat était considérée comme importante au moment où ils écrivaient »[2] . Cette « importance des récits de guérison et [des] discours effectués un jour de Sabbat laissent à supposer que les premiers

chrétiens prolongeaient ces controverses »[3] . Ainsi, « le fait [que les Evangiles rapportent ainsi les conflits entre le Christ et les Pharisiens sur l’observance du Sabbat, montre […] en quelle estime cette observance était tenue par les juifs tout comme par les premiers chrétiens »[4] Cependant, contrairement à S. Bachhiocchi, plusieurs auteurs perçoivent au travers des témoignages des évangélistes l’abandon, par le Christ, de l’antique Sabbat vétéro-testamentaire réservé aux juifs, et l’intention d’instituer un nouveau jour de culte :

Le Christ, déclare C.S. Mosna, « se proclame lui-même maître du Sabbat précisément pour libérer l’homme de certains fardeaux purement formalistes et devenus superflus, comme le Sabbat »[5].

Les nombreuses guérisons et discussions du Christ le jour du Sabbat seraient autant d’actes à vocation provocatrice montrant dorénavant le caractère non obligatoire du commandement du Sabbat.

Ainsi selon W. Rordorf « Le commandement du Sabbat n’était pas seulement mis à l’arrière plan par les œuvres de guérison de Jésus : il était purement et simplement abrogé »[6]

Eusèbe de césarée déclare : « Le Verbe a par le moyen de la nouvelle alliance, déplacé la fête du Sabbat en la transportant sur le lever de la lumière, et il nous a transmis une image du vrai repos dans le jour du Sauveur, le dimanche et le premier jour de la lumière, […],

Toutes chose qu’il fallait faire au jour du Sabbat, nous les avons transférées au jour du dimanche, comme en un jour dominical, principal et plus précieux que le Sabbat juif. […] En ce jour […] c’est levé sur nos âmes le soleil de justice. Aussi [Dieu] nous a-t-il transmis de nous assembler en ce jour »[7]

Cependant les affirmations énoncées par C.S. Mosna et W. Rordorf, dans la même lignée que celle d’Eusèbe ne seraient-elles pas un peu exagérées ? Le Christ serait-il vraiment à l’origine de l’abandon du Sabbat ? Comment, d’autres part, allier ces affirmations avec des déclarations formelles du Christ qui affirment :

– « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme j’ai gardé les commandements de mon Père et que je demeure dans son amour »[8] ,

– « Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. En vérité je vous le dis, jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu’à ce que tout soit arrivé. Celui donc qui violera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux, mais celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux »[9] .

D’autre part, les guérisons du Christ accomplis le Sabbat et ses discussions concernant ce jour laissent-elles véritablement percevoir une intention de sa part de « purement et simplement abroger »[10] le Sabbat comme l’affirme W. Rordorf ?

Peut-on, à la lumière d’une stricte exégèse des récits synoptique, affirmer que le Christ considérait le Sabbat comme un « fardeau purement formaliste » ? Pourrait-on également prétendre, en se fondant sur une analyse systématique de l’attitude et de l’enseignement du Christ présenter dans les Evangiles, que le Sabbat est devenu « superflus » ?

Ainsi apparaît l’objectif de notre propos : tenter de découvrir, en analysant une portion du témoignage des premiers Chrétiens contenu dans les Evangiles, si c’est le Christ qui dans l’histoire de l’Eglise chrétienne est à l’origine de l’abandon du Sabbat. Par le biais d’une analyse méthodique de trois récits de guérison mettant en scène le Christ et le Sabbat, nous tenterons d’apporter une ébauche de réponse aux questions posées.

Dans le cadre de cette recherche nous considérerons les saintes Ecritures, l’Ancien et le Nouveau Testament, comme étant la parole de Dieu écrite, communiquée par l’inspiration divine au moyens de saints hommes de Dieu. Elle constitue pour nous la révélation infaillible de sa volonté. Nous commencerons, avant d’aborder les péricopes choisies dans les Evangiles, par analyser brièvement quelques témoignages dans l’Ancien Testament concernant le rôle et la signification du Sabbat.

[1] Le paralytique de béthesda (Jean 5.1-18), le démoniaque de la synagogue (Marc 1.21-28), la guérison de la belle-mère de pierre (Marc 1.29-34), l’homme à la main sèche (Marc 3.1-8), l’aveugle de naissance (Jean 9.1-41), la femme courbée (Luc 13.10-17), l’hydropique (Luc 14.1-4) .

[2] S. BACCHIOCCHI, Du Sabbat au dimanche, Le Christ et le jour du Seigneur, 1984, p.17.

[3] Idem, p.60.

[4] Ibid.

[5] C.S. MOSNA, Storia della dominica, p.174. (cité par S. BACCHIOCCHI, Du Sabbat au dimanche, Le Christ et le jour du Seigneur, 1984, p.16.).

[6] W. RORDORF, Sunday, p.70

[7] EUSÈBE DE CÉSARÉE, Histoire Ecclésiastique, livre I, chap. IV, 8.

[8] Jean 15:10.

[9] Matthieu 5:17-19

[10] W. RORDORF, Sunday, p.70

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