• Les grands événements qui ont marqué les progrès de la réforme pendant les siècles passés relèvent de l'histoire; ils sont si universellement connus et admis que nul ne peut contester leur authenticité. L'objet de cette section n'est pas tant de présenter des vérités nouvelles concernant les luttes du passé que d'en dégager les faits et les principes qui ont une portée sur les événements prochains. Considérés comme faisant partie du grand conflit entre la puissance de la lumière et celle des ténèbres, tous ces événements acquièrent une signification nouvelle...

     

La protestation des princes

 

0606060_thumb.jpgIl n'est de doctrine certaine que celle qui est conforme à la Parole de Dieu ; ... le Seigneur défend d'en enseigner une autre ; ... chaque texte de la sainte Ecriture devant être expliqué par d'autres textes plus clairs, ce saint Livre est, dans toutes les choses nécessaires au chrétien... Nous sommes donc résolus,... à maintenir la prédication pure et exclusive de sa seule Parole... contenue dans... l'Ancien et du Nouveau Testament, sans rien ajouter qui lui soit contraire. Cette Parole est la seule vérité ; elle est la norme assurée de toute doctrine et de toute vie, et ne peut...

La protestation des princes

L’une des plus nobles manifestations en faveur de la Réforme fut la protestation des princes chrétiens d‘Allemagne à la diète de Spire, en 1529. Le courage, la foi et la fermeté de ces hommes de Dieu ont assuré la liberté de conscience aux siècles suivants. Cette protestation mémorable, dont les principes constituent " l’essence même du protestantisme " , donna son nom aux adhérents de la Réforme dans le monde entier.

Malgré l’édit de Worms déclarant Luther hors la loi et prohibant sa doctrine, le régime de la tolérance religieuse avait jusque-là prévalu dans l’empire. La divine Providence avait tenu en échec les forces opposées à la vérité. Chaque fois que Charles Quint, bien déterminé à étouffer la Réforme, étendait la main, le coup était détourné. A plusieurs reprises déjà, la perte de ceux qui osaient résister à Rome avait paru imminente ; mais, au moment critique, une diversion survenait : ou bien c’étaient les armées turques qui faisaient leur apparition sur la frontière orientale ; ou bien c’étaient le roi de France et le pape lui-même qui, jaloux de la puissance croissante de l’empereur, lui faisaient la guerre. Les luttes et les complications internationales donnaient ainsi à la Réforme le temps de se consolider et de s’étendre.

La diète de Spire de 1529

Le moment vint pourtant où les rois catholiques s’entendirent pour faire cause commune contre la Réforme.

La première diète de Spire, en 1526, avait laissé à chaque état pleine liberté en matière religieuse jusqu’à la convocation d’un concile général. Mais dès que le danger qui lui avait arraché cette concession fut passé, l’empereur s’empressa de convoquer à Spire, en 1529, une seconde diète dont le

but était d’extirper l’hérésie. Il fallait tâcher d’engager les princes à se liguer à l’amiable pour étouffer l’hérésie ; si ce plan échouait, Charles Quint était prêt à tirer l’épée.

Grande était la joie des partisans de Rome. Ils vinrent en grand nombre à Spire en 1529, manifestant ouvertement leur hostilité contre les Réformés et leurs protecteurs. " Nous sommes l’exécration et la balayure du monde, disait Mélanchthon, mais Jésus-Christ surveille son pauvre peuple et le sauvera. " On alla jusqu’à défendre aux princes réformés présents à la diète de faire prêcher l’Evangile dans leur domicile particulier. Mais la population de Spire avait soif d’entendre la Parole de Dieu et, en dépit de cette interdiction, des milliers d’auditeurs accouraient aux services qui avaient lieu dans la chapelle de l’électeur de Saxe.

Cela suffit pour précipiter la crise. Un message impérial annonça à la diète que la résolution assurant la liberté religieuse ayant été l’occasion de grands désordres, l’empereur en exigeait l’annulation. Cet acte arbitraire jeta l’indignation et l’alarme parmi les princes évangéliques. L’un d’eux s’écria : " Le Christ est de nouveau tombé entre les mains de Caïphe et de Pilate. " Le langage des romanistes redoublait de violence. " Les Turcs valent mieux que les Luthériens, disait Faber ; car les Turcs observent les jeûnes et les Luthériens les violent. S’il faut choisir entre les saintes Ecritures de Dieu et les vieilles erreurs de l’Eglise, ce sont les premières qu’il faut rejeter. " " Chaque jour, en pleine assemblée, écrivait Mélanchthon, Faber nous lance quelque nouveau projectile. "

La tolérance religieuse avait été légalement reconnue, les Etats évangéliques étaient résolus à défendre leurs droits.

Luther, qui se trouvait encore sous le coup de l’édit de Worms, ne put paraître à Spire ; mais il y était remplacé par ses collaborateurs et par des princes que Dieu avait suscités pour soutenir sa cause en cette occurrence. Le noble Frédéric de Saxe, protecteur de Luther, était mort ; mais le duc Jean, son frère et successeur, avait joyeusement accueilli la Réforme ; et, bien que pacifique, il déployait une grande énergie et un grand courage quand il s’agissait des intérêts de la foi.

Les prélats exigeaient que les Etats réformés se soumissent implicitement à la juridiction romaine. Quant aux réformateurs, ils se réclamaient de la liberté qui leur avait été octroyée. Ils ne pouvaient admettre que les Etats qui avaient embrassé la Parole de Dieu avec enthousiasme fussent de nouveau placés sous le joug de Rome.


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