• Les grands événements qui ont marqué les progrès de la réforme pendant les siècles passés relèvent de l'histoire; ils sont si universellement connus et admis que nul ne peut contester leur authenticité. L'objet de cette section n'est pas tant de présenter des vérités nouvelles concernant les luttes du passé que d'en dégager les faits et les principes qui ont une portée sur les événements prochains. Considérés comme faisant partie du grand conflit entre la puissance de la lumière et celle des ténèbres, tous ces événements acquièrent une signification nouvelle...

     

Jean WICLEF, l'Etoile de la réforme

 

Jean WICLEF, recteur de Lutterworth

Peu après son retour en Angleterre, Wiclef fut appelé par le roi à remplir les fonctions de recteur de Lutterworth. Ce choix prouvait que le franc-parler du réformateur n'avait pas déplu au monarque. L'influence de Wiclef se faisait sentir sur les décisions de la cour aussi bien que sur l'opinion publique.

Bulles papales contre WICLEF

Les bulles papales

Les foudres papales ne tardèrent pas à se déchaîner contre lui. Trois bulles adressées à l'Angleterre -- dont l'une à l'Université, l'autre au roi et la troisième aux prélats -- ordonnaient des mesures immédiates et décisives pour fermer la bouche au fauteur d'hérésie. {yootooltip title=[(Voir WICLEF) ] }WICLEF. -- Le texte original des bulles papales publiées contre Wiclef, avec traduction anglaise, se trouve dans J. Foxe, Acts and Monuments, vol. III, p. 4-13 (Pratt-Townsend, ed. London, 1870). Voir aussi J. Lewis, Life of Wiclef, p. 49-51, 305-314 (ed. 1820); Lechler, John Wycliffe and his English Precursors, ch. 5, sec. 2 (p. 162-164, London ed., 1884, tr. by Lorimer); A. Neander, General History of the Christian Church, period 6, sec. 2, part I, par. 8.{/yootooltip}Avant l'arrivée de la bulle, toutefois, les évêques, dans leur zèle, avaient sommé Wiclef de comparaître devant eux. Deux des princes les plus puissants du royaume l'accompagnaient devant ce tribunal; la foule, faisant irruption, intimida tellement les juges que l'enquête fut suspendue et que Wiclef put s'en retourner en paix. Plus tard, les prélats s'efforcèrent de circonvenir le vieil Edouard III contre le réformateur, mais le roi venant à mourir, l'ancien protecteur de Wiclef devint régent du royaume.


La bulle papale sommait toute l'Angleterre de faire arrêter et incarcérer l'hérétique. Ces mesures sous-entendaient le bûcher, et, selon toute probabilité, Wiclef n'allait pas tarder à être victime de la colère de Rome. Mais celui qui avait dit autrefois : « Ne crains point... Je suis ton bouclier », étendit de nouveau sa main pour protéger son serviteur. La mort frappa non le réformateur, mais le pontife qui avait décrété sa perte. Grégoire XI ayant disparu, les ecclésiastiques qui s'étaient réunis pour faire le procès de Wiclef se dispersèrent et la Réforme naissante continua d'être protégée par la divine Providence.

Les papes rivaux

La mort de Grégoire fut suivie de l'élection de deux papes rivaux. Deux pontifes se disant tous deux infaillibles réclamaient l'obédience de la chrétienté. {yootooltip title=[(voir L'INFAILLIBILITÉ PAPALE] }Voir Catholic Encyclopedia, art. « Infaillibility » par J. Turner, S. T. D.; P. Larousse, Dictionnaire universel du XIX siècle, vol. art. « Infaillibilité »; Encycl. des Sciences rel., vol. VI, art. « Infaillibilité » par A. Réville.{/yootooltip}) Chacun d'eux appelait les fidèles à combattre son antagoniste, accompagnant ses ordres de terribles anathèmes à l'adresse de ses ennemis et promettant le ciel à ses partisans. Ces événements affaiblissaient singulièrement le prestige papal. Les factions rivales étant occupées à se combattre mutuellement, Wiclef fut laissé en paix, tandis que se croisaient anathèmes et récriminations, et que des torrents de sang étaient versés pour soutenir les prétentions des deux adversaires. Pendant que l'Église était le théâtre du crime et du scandale, le réformateur, de sa paisible retraite de Lutterworth, s'employait de toutes ses forces à détourner l'attention du monde du spectacle des discordes papales pour la porter sur Jésus, le Prince de la paix.


Le schisme ouvrait le chemin à la Réforme. Les querelles et la dégradation morale dont il était la cause, ouvraient les yeux des gens sur la vraie nature de la papauté. Dans un traité sur « le schisme des papes », Wiclef invitait ses lecteurs à se demander sérieusement si ces deux prêtres ne disaient pas la vérité quand ils s'anathématisaient l'un l'autre, se traitant mutuellement d'antichrist. « Dieu, disait-il, n'a pas permis que le Malin régnât par l'un de ces deux prêtres seulement... Il leur a partagé le pouvoir, afin que les fidèles, au nom de Jésus-Christ, pussent en avoir raison plus aisément. » (R. Vaughan, Life and Opinions of John Wicliffe (éd. 1831), vol. II, p. 6.)

Comme son Maître, Wiclef prêchait l'Évangile aux pauvres. Et, non content de répandre la lumière dans les humbles demeures de sa paroisse de Lutterworth, il voulut la porter dans toutes les parties de l'Angleterre. À cette fin, il organisa un corps de prédicateurs, hommes simples et pieux, aimant la vérité et ne désirant rien tant que de la propager. Ces hommes allaient de lieu en lieu, prêchant sur les places des marchés, dans les rues des grandes villes et dans les campagnes. Ils visitaient les vieillards, les malades et les pauvres, et leur annonçaient la bonne nouvelle de la grâce de Dieu.

Traduction des Saintes Ecritures


En sa qualité de professeur de théologie à Oxford, Wiclef prêchait la Parole de Dieu dans les auditoires de l'Université. Son zèle à présenter la vérité à ses étudiants lui valut le titre de « docteur de l'Évangile ».

La traduction de WICLEF

Mais l'oeuvre capitale de sa vie fut la traduction des saintes Écritures en langue anglaise. Dans un ouvrage intitulé De la véracité et du sens des Écritures, il exprimait son intention de traduire la Bible afin que tout Anglais pût lire les oeuvres merveilleuses de Dieu dans sa langue maternelle.

Mais ses travaux furent soudainement interrompus. Bien qu'il n'eût pas encore soixante ans, il était prématurément vieilli, car ses labeurs incessants, ses études et les attaques de ses ennemis avaient épuisé ses forces. Les moines éprouvèrent une grande joie en apprenant qu'il était atteint d'une grave maladie. Imaginant qu'il devait amèrement regretter le mal qu'il avait fait à l'Église, ils s'empressèrent auprès de lui pour entendre sa confession. Des représentants de quatre ordres religieux, accompagnés de quatre magistrats civils, s'étaient réunis au chevet de celui que l'on croyait moribond : « Vous avez la mort sur les lèvres, lui dirent-ils; soyez touché de vos fautes, et rétractez en notre présence tout ce que vous avez dit à notre détriment. » Le réformateur écouta en silence; puis, priant son serviteur de l'aider à s'asseoir sur son lit, et regardant fixement ceux qui attendaient sa rétractation, il leur dit de cette voix ferme et tonnante qui les avait si souvent fait trembler : « Je ne mourrai pas, mais je vivrai, et je raconterai les forfaits des moines. » (Merle d'Aubigné, ouv. cité, liv.XVII, ch. VII.) Étonnés et interdits, les religieux quittèrent précipitamment la chambre du malade.

Les paroles de Wiclef s'accomplirent : Il vécut assez longtemps pour voir entre les mains de son peuple l'arme que Rome craint le plus, l'instrument céleste destiné à éclairer, à libérer, à évangéliser le monde : la Parole de Dieu. Les obstacles étaient nombreux et redoutables. Bien qu'affaibli par les infirmités, et sachant qu'il ne lui restait que peu d'années pour travailler, calme devant l'opposition et fortifié par les promesses de Dieu, Wiclef poursuivit courageusement son oeuvre. En pleine possession de ses facultés intellectuelles, riche en expérience, et gardé par la Providense, il put terminer cette grande tâche, la plus importante de sa vie. Pendant que toute la chrétienté était bouleversée, le réformateur, dans son rectorat de Lutterworth, sans prendre garde à la tempête qui faisait rage au-dehors, s'appliquait paisiblement à son entreprise de prédilection.

Le moment arriva enfin où la première traduction des Écritures en langue anglaise vit le jour. L'Angleterre pouvait lire la Parole de Dieu. Désormais, le réformateur ne craignait plus ni la prison, ni le bûcher. Il avait placé dans les mains de son peuple une lumière qu'on ne pourrait plus éteindre.

En donnant les Écritures à ses concitoyens, il avait contribué à rompre les chaînes de l'ignorance et du vice, pour libérer et ennoblir son pays, ce que les plus brillantes victoires sur les champs de bataille eussent été incapables de faire.


L'art de l'imprimerie n'étant pas encore connu, ce n'est que par un procédé lent et laborieux qu'on obtenait des exemplaires de la Bible. L'intérêt éveillé par ce livre était tel que les nombreux copistes qui s'offraient pour le transcrire ne parvenaient pas à répondre à toutes les demandes. Quelques personnes riches en désiraient une copie complète. D'autres ne pouvaient en acheter qu'un fragment. Souvent, plusieurs familles se réunissaient pour s'en procurer un exemplaire en commun. C'est ainsi que la traduction des Écritures par Wiclef ne tarda pas à se trouver entre les mains des gens du peuple. L'appel à la raison humaine arrachait bien des gens à leur soumission passive aux dogmes de Rome.


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