• Les grands événements qui ont marqué les progrès de la réforme pendant les siècles passés relèvent de l'histoire; ils sont si universellement connus et admis que nul ne peut contester leur authenticité. L'objet de cette section n'est pas tant de présenter des vérités nouvelles concernant les luttes du passé que d'en dégager les faits et les principes qui ont une portée sur les événements prochains. Considérés comme faisant partie du grand conflit entre la puissance de la lumière et celle des ténèbres, tous ces événements acquièrent une signification nouvelle...

     

Jean WICLEF, l'Etoile de la réforme

 

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Wiclef a été l'un des plus grands réformateurs. Par l'envergure de son esprit et la lucidité de sa pensée, par sa hardiesse et sa constance dans la défense de la vérité, il n'a été égalé que par un petit nombre de ses successeurs. Une vie pure, une inlassable activité dans l'étude et dans le travail, une intégrité incorruptible, un dévouement et une charité apostoliques dans son ministère : telles furent les qualités maîtresses du premier des réformateurs. Cela, en dépit des ténèbres intellectuelles et de la corruption morale de son siècle.

Jean Wiclef

Avant la Réforme, les exemplaires de l'Écriture sainte étaient rares. Mais Dieu ne permit pas que Sa Parole disparût. Ce trésor ne devait pas rester enfoui.

L'auteur de cette Parole pouvait la faire sortir de l'obscurité tout aussi facilement qu'il ouvrait les portes des cachots ou brisait les barreaux des prisons où languissaient Ses enfants fidèles.

Dans plusieurs pays, d'aucuns cherchaient la vérité comme on cherche des perles. Ils furent dirigés providentiellement vers l'Écriture sainte et ils en scrutèrent les pages avec le plus grand soin, bien décidés à y trouver la lumière. Ils parvinrent peu à peu à discerner de nombreuses vérités oubliées depuis longtemps. Devenus des messagers de Dieu, ces hommes s'efforcèrent de briser les chaînes de l'erreur et de la superstition. Ils invitaient les captifs à faire valoir leur droit à la liberté.

En dehors des vallées vaudoises, la Parole de Dieu avait été comme figée dans une langue que seuls les savants connaissaient. Mais le moment était venu de la traduire en langue vulgaire pour la mettre à la portée de tous. La nuit allait bientôt disparaître. Lentement, les ténèbres se dissipaient, et, dans plusieurs pays, on voyait déjà les premières lueurs de l'aurore.

Au quatorzième siècle naissait en Angleterre Jean Wiclef, « l'étoile de la Réforme ». Son témoignage retentit non seulement en Grande-Bretagne, mais au sein de la chrétienté tout entière. Sa puissante protestation contre Rome ne devait jamais être oubliée. Ce fut le signal d'une lutte qui aboutit à l'émancipation des individus, des églises et des nations.


Bien qu'ayant reçu une éducation libérale, Wiclef regardait la crainte de Dieu comme le commencement de la sagesse. Au collège déjà, il s'était fait remarquer autant par la ferveur de sa piété que par sa science. Sa soif de connaissances le poussa à embrasser toutes les branches d'études. Versé dans la philosophie scolastique, il put en dévoiler les erreurs, et ses études du droit canon et du droit civil le préparèrent à lutter vaillamment en faveur de la liberté civile et religieuse. La discipline intellectuelle qu'il avait acquise dans les écoles s'ajoutait aux armes qu'il tirait de la Parole de Dieu et le mettait à même de comprendre la tactique des savants. Son génie et sa science lui valaient à la fois le respect de ses amis et de ses ennemis. Ses partisans voyaient avec satisfaction que leur champion supportait avantageusement la comparaison avec les plus grands penseurs du pays. Aussi ses adversaires n'eurent-ils pas l'occasion de discréditer la cause de la Réforme en alléguant l'ignorance ou la faiblesse de ses défenseurs.

À cette époque, les Livres saints n'existaient que dans des langues mortes et n'étaient accessibles qu'aux savants; mais certains d'entre eux avaient trouvé dans les Écritures la grande doctrine de la grâce de Dieu et l'avaient incorporée à leur enseignement. De là, elle s'était répandue au-dehors, et plusieurs avaient été amenés à sonder les oracles de Dieu. La voie au futur réformateur se trouva ainsi préparée.


Lorsque son attention fut appelée sur les Écritures, il en entreprit l'étude avec la même conscience qu'il avait apportée à celle du programme universitaire. Après avoir éprouvé des aspirations que ni la scolastique, ni les enseignements de l'Église n'avaient pu assouvir, il trouva dans la Bible ce qu'il avait vainement cherché ailleurs. Il y découvrit le plan de la rédemption, et contempla en Jésus-Christ l'unique Avocat de l'homme auprès de Dieu. Dès lors, se donnant tout entier au service du Seigneur, il prit la résolution de proclamer les vérités qu'il avait découvertes.

Comme sa lutte avec Rome n'était point un acte délibéré, Wiclef, pas plus que les réformateurs qui lui succédèrent, ne vit immédiatement où son oeuvre devait le conduire. Mais son ardeur pour la vérité ne pouvait manquer de l'entraîner dans un conflit. D'ailleurs, plus il discernait les errements de la Papauté, plus il mettait de ferveur à sonder les Écritures. Convaincu que les traditions humaines implantées par Rome avaient supplanté la Parole de Dieu, il en accusa hardiment le clergé. Il demanda que la Bible fût rendue au peuple et que l'Église reconnût à nouveau son autorité.

Ce fut un puissant docteur, un prédicateur éloquent. Sa connaissance des Écritures, la puissance de son raisonnement, la pureté de sa vie, son courage indomptable et son intégrité lui gagnaient l'estime et la confiance de tous : prompt à discerner l'erreur, il dénonçait avec hardiesse les abus sanctionnés par l'autorité de Rome. Aussi, un grand nombre de personnes qui avaient perdu confiance en l'Église à la vue des iniquités qui y prévalaient, acclamaient-elles avec une joie non dissimulée les vérités annoncées par Wiclef. En revanche, quand les chefs de la hiérarchie constatèrent que l'influence de ce réformateur primait la leur, leur fureur se déchaîna.

Alors qu'il remplissait les fonctions de chapelain du roi, Wiclef, s'élevant contre le tribut que le pape exigeait de ce dernier, démontra que les prétentions papales sur les souverains séculiers étaient contraires à la raison et à la révélation. Sa protestation exerça sur les esprits une influence d'autant plus grande que les exigences du pape avaient provoqué une vive indignation parmi le peuple. Aussi le roi et les nobles s'unirent-ils pour s'opposer aux exigences du pontife en tout ce qui touchait à l'autorité temporelle et à la levée des impôts. Ce fut là un coup redoutable porté à l'autorité papale en Angleterre.


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