• Ils demeurent sur terrre, mais ils sont citoyens des cieux. Ils habitent leur propre pays, mais comme des étrangers. Ils prennent part à tous leurs devoirs de citoyens, mais sont considérés comme des étrangers. Une terre étrangère est pour eux une patrie, et une patrie leur est terre étrangère. (Lettre à Diogène)

La destruction de Jérusalem

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La prophétie du Seigneur touchant Jérusalem doit avoir un autre accomplissement dont ce néfaste événement n'est qu'une pâle image. Dans le triste sort de la cité élue, il faut lire ce qui arrivera à un monde qui a rejeté la miséricorde de Dieu et foulé aux pieds sa loi. Sombre est le tableau des souffrances dont notre terre a été le témoin au cours de ses longs siècles de crime. A contempler les conséquences de la réjection de l'autorité du ciel, le coeur se serre et l'esprit se trouble. Mais une scène plus lugubre encore est cachée dans l'avenir.

Du haut de la colline des Oliviers, Jésus contemplait Jérusalem. C'était une scène de paix et de beauté. Entourés de vignes, de jardins et de gradins verdoyants qu'émaillaient les tentes des pèlerins, s'élevaient en terrasses les palais somptueux et les imposants remparts de la capitale d'Israël. La fille de Sion semblait dire, dans son orgueil : « Je suis assise comme une reine, je ne verrai point de deuil. » Elle était alors aussi belle, et elle se croyait aussi sûre de la faveur divine qu'à l'époque où le barde royal chantait : « Belle est la colline, joie de toute la terre,...la ville du grand roi. » Psaumes 48.3En face, se dressaient les magnifiques constructions du temple.

Sous les rayons du soleil couchant éclairant la blancheur neigeuse de ses murailles de marbre, rutilaient les ors des tours, des portes et des créneaux. « Parfaite en beauté », elle était l'orgueil de la nation juive. Aucun fils d'Israël ne pouvait regarder ce tableau sans un frisson de joie et d'admiration.

Mais d'autres pensées troublaient le coeur du Maître. « Comme il approchait de la ville, Jésus, en la vouant, pleura sur elle. » ( Luc 19.41 ) Au milieu de la joie universelle de son entrée triomphale, tandis que s'agitent autour de lui des branches de palmier, que de joyeux hosannas réveillent les échos des montagnes et que des milliers de voix le proclament roi, le Sauveur est soudain envahi d'une douleur mystérieuse. Fils de Dieu, espérance d'Israël, vainqueur de la mort et du tombeau, il est saisi, non par un chagrin passager, mais par une douleur si intense que son visage est inondé de larmes.

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Jésus ne pleurait pas sur lui-même, bien qu'il sût parfaitement où Sa carrière devait aboutir. Il voyait devant Lui Gethsémané, le lieu de Sa prochaine agonie; plus loin était la porte des brebis par laquelle, des siècles durant, des milliers de victimes avaient été menées au sacrifice, et qui allait bientôt s'ouvrir pour Lui, Antitype de « l'agneau qu'on mène à la boucherie ». ( Ésaïe 53.7 )

À peu de distance, on distinguait le Calvaire, futur théâtre de la crucifixion. Sur le sentier de l'immolation expiatoire que Jésus allait bientôt fouler, un suaire d'effroyables ténèbres l'attendait. Et pourtant, ce n'est pas cette sombre vision qui le navre à cette heure de joie universelle. Aucun pressentiment de l'angoisse surhumaine qui l'attend ne vient jeter son ombre sur Son esprit dépourvu d'égoïsme. Jésus pleure sur le sort inexorable de Jérusalem; Il pleure sur l'aveuglement et l'impénitence de ceux qu'Il est venu sauver. (Voir Luc 19.41, 42 )

Faveur divine pour Israël

Plus de mille ans d'histoire se déroulaient devant le Sauveur. La faveur et la sollicitude divines dont le peuple élu avait été l'objet repassaient devant ses yeux. Là, sur la colline de Morija, le jeune Isaac, victime volontaire, emblème des souffrances du Fils de Dieu, s'était laissé lier sur l'autel. (Voir Genèse 22.9 ) Là aussi, « l'alliance », la glorieuse promesse messianique, avait été confirmée au père des croyants. (Voir Genèse 22.16-18 ) Là encore, la fumée du sacrifice offert par David sur l'aire d'Ornan, le Jébusien, avait détourné l'épée de l'ange destructeur. (Voir 1 Chroniques 21 ) Plus que tout autre lieu sur la terre, Jérusalem avait été honorée d'en haut. L'Éternel avait « choisi Sion », il l'avait « désirée » pour Son séjour. ( Psaumes 132.13 ) Des siècles durant, les prophètes y avaient fait entendre leurs avertissements. Les sacrificateurs y avaient agité leurs encensoirs, et les nuages de l'encens étaient montés devant Dieu avec les prières des adorateurs. Chaque jour, le sang des agneaux figurant l'agneau de Dieu y avait été versé. Jéhovah avait manifesté Sa puissance dans la nuée éclatante au-dessus du propitiatoire. Là, enfin, l'échelle mystique unissant le ciel et la terre ( Genèse 28.12; Jean 1.51 ), et sur laquelle les anges de Dieu montaient et descendaient, avait ouvert aux hommes l'accès au lieu très saint. Si Israël était resté fidèle à son Dieu, Jérusalem eût subsisté à toujours. ( Jérémie 17.24, 25 ) Mais l'histoire de ce peuple favorisé entre tous n'avait été qu'une longue série d'infidélités et d'apostasies. Il avait résisté à la grâce céleste, méconnu et méprisé ses privilèges.

Quoique Israël se fût « moqué des envoyés de Dieu », qu'il eût « méprisé ses paroles » et se fût « raillé de ses prophètes », Jéhovah ne s'en était pas moins manifesté à lui comme un « Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité ». (Exode 34.6) Maintes fois repoussée, la miséricorde continuait à faire entendre ses appels. Dans un amour plus tendre que celui d'un père pour le fils qu'il chérit, le Dieu de leurs pères avait donné de bonne heure à ses envoyés la mission d'avertir son peuple qu'il voulait épargner. ( 2 Chroniques 36.15, 16 ) Les appels, les supplications et les réprimandes ayant échoué, il leur avait envoyé ce qu'Il avait de plus précieux au ciel; que dis-je? Il leur avait donné le ciel tout entier dans ce seul don!

C'est Lui qui avait transplanté d'Égypte en Canaan la vigne d'Israël. ( Psaumes 80.9 ) dont Ssa main avait écarté les nations. Il l'avait entourée d'une haie. « Qu'y avait-il encore à faire à ma vigne que je n'aie pas fait pour elle? » ( Ésaïe 5.1-4 ), s'écrie-t-il. Alors qu'elle avait produit seulement des grappes sauvages quand il en attendait des raisins, il était venu à elle en personne, espérant encore la sauver de la destruction. Infatigablement, il l'avait labourée, taillée, chérie.

Trois années durant, le Dieu de gloire avait vécu parmi Son peuple, « allant de lieu en lieu faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l'empire du diable » ( Actes 10.38; Luc 4.18; Matthieu 11.5 ), pansant les coeurs meurtris, mettant en liberté les captifs, rendant la vue aux aveugles, guérissant les boiteux, purifiant les lépreux, ressuscitant les morts et annonçant la bonne nouvelle aux pauvres. À tous, sans distinction de classe, Il avait adressé ce tendre appel : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » ( Matthieu 11.28 )

Bien qu'on lui eût rendu le mal pour le bien, la haine pour Sa bonté ( Psaumes 109.5 ), Il n'en avait pas moins persévéré dans Sa mission d'amour. Il n'avait repoussé aucun de ceux qui recherchaient Sa grâce. Errant et sans abri, repoussé et méconnu, il avait vécu pour soulager la souffrance, suppliant les hommes d'accepter le don de la vie. Les vagues de la miséricorde, repoussées par des coeurs obstinés, refluaient en ondes d'amour inexprimable. Mais Israël s'était détourné de son meilleur Ami et de son unique Libérateur. Il avait dédaigné Ses supplications, méprisé Ses conseils et tourné en dérision Ses avertissements.