•     Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose de ses oeuvres, comme Dieu s’est reposé des siennes. Hébreux 4:9–10

La signification rédemptrice du Sabbat

Une troisième raison de croire dans la permanence du principe de l'observation du Sabbat, est la signification rédemptrice du Sabbat, que je trouve exprimée dans l'enseignement et le ministère du Christ. Le coeur humain désire fortement une réassurance constante d'un pardon divin acceuillant et salutaire. On veut savoir: « Dieu, m'a-t-il réellement pardonné et sauvé? » Dans l’Ecriture, la Bonne Nouvelle du pardon divin et du salut est proclamée, non seulement par des paroles, mais aussi par des symboles. Les symboles, tels que la circoncision, le tabernacle, le baptême, la cène, et le Sabbat, ont aidé les croyants à 

conceptualiser et éprouver l'assurance de la Rédemption divine. Notre intérêt immédiat de ce chapitre, est d'examiner comment le dernier de ces symboles, le Sabbat, exprime le thème de Rédemption dans le Nouveau Testament. Cependant, pour apprécier ce dernier, il est nécessaire de comprendre en premier lieu, la typologie sabbatique de la Rédemption messianique dans l'Ancien Testament et dans la littérature Juive.

Une mention brève sera faite dans la première partie de ce chapitre, de plusieurs thèmes sabbatiques rédempteurs significatifs de l'Ancien Testament, avant qu'on examine le sens rédempteur du Sabbat, dans le Nouveau Testament.

I. La rédemption dans l'Ancien testament

Au temps de l'Ancien Testament, le Sabbat servait non seulement pour fournir le repos personnel et la libération de l'épreuve du travail et des injustices sociales, mais aussi pour entretenir l'espoir d'une paix future, d'une prospérité et d'une Rédemption messianique.  La dernière fonction était inspirée apparemment par le rôle du Sabbat dans l'originale création de Dieu.

La Genèse ne nous fournit pas d'information sur la véritable observation du Sabbat par Adam et Ève avant leur expulsion du jardin d’Eden. Cependant, l'image de perfection et de satisfaction (notez la répétition septuple de l'expression: « cela était bon ».)  qui est décrite spécialement par la bénédiction divine et la sanctification du septième jour (Gn 2.3) pouvait offrir aisément aux croyants la base d'une vision de l'âge messianique.

Les parallèles et les équivalences entre le Sabbat de la Genèse, le premier jour d'Adam après sa création, et les derniers jours de l'âge messianique, quoique pas toujours explicitement faits, sont implicitement présents dans les sources bibliques et post-bibliques. Pour illustrer comment le Sabbat de la création devint le symbole de la Rédemption et restauration messianique, on examinera brièvement quelques thèmes significatifs.

La paix et l'harmonie du Sabbat.

La paix et l'harmonie qui existaient entre Adam et les animaux au Sabbat de la création, seront rétablies dans l'âge messianique, quand « le loup séjournera avec l'agneau, et la panthère se couchera avec le chevreau; le veau, le lionceau et le bétail qu'on engraisse, seront ensembles; et un petit garçon les conduira ».(Esaïe 11.6) En ce temps, selon le même prophète, « la connaissance de l’Eternel remplira la terre, comme les eaux recouvrent le fond de la mer ».(11.9) 

Cette vision de la terre pleine de paix et de connaissance de Dieu dans les derniers jours, peut bien avoir été inspirée par le point de vue des premiers jours, desquels le Sabbat est l'épitomé.

Le dernier est suggéré par certains règlements rabbiniques du Sabbat. Par exemple, Beth Shammai défendit le meurtre même de « vers », le Sabbat. Il était enseigné, dit R. Siméon B. Eleazar: « La vermine (bêtes puantes nuisibles) ne doit pas être tuée le Sabbat: ceci est le point de vue de Beth Shammai... Si quelqu'un tue la vermine le Sabbat, c'est comme s'il tuait un chameau ». 

La Mishna, une collection ancienne de lois Juives, déclare pareillement que durant le Sabbat, « un homme ne peut pas sortir avec une épée, ou un arc, ou un bouclier, ou une massue, ou une lance... car il est écrit: "De leurs épées ils forgeront des socs et de leurs lances des serpes; une nation ne lèvera plus l'épée contre une autre, et l'on n'apprendra plus la guerre" ». 

Ces injonctions rabbiniques ci-dessus, sont probablement tirées de la notion de l'absence de mort durant le Sabbat primordial, lequel servit comme un paradigme du monde à venir. L'abstention de toute forme de tuerie le Sabbat, représente un avant-goût de ce monde.

La Prospérité du Sabbat.

L'abondance et la prospérité matérielle qui caractérisèrent le Sabbat de la création ont probablement inspiré la vision prophétique d'une abondance matérielle extraordinaire durant l'âge Messianique.

Amos déclare: « Voici que les jours viennent, » dit l’Eternel, « où le laboureur suivra de près le moissonneur; et celui qui foule le raisin celui qui répand la semence, où le jus de fruits ruissellera des montagnes et où toutes les collines s'épancheront. » (Amos 9.13) Des descriptions semblables se trouvent dans Esaïe (4.2;7.22;30.23-25), Joël (4.19), Sophonie (3.13), Jérémie (30.19;31.24), et Ezéchiel (34.13-14; 47.12).

Aussi, des travaux ultérieurs abondent avec des descriptions de prospérité matérielle de l'âge Messianique.  Par exemple: la version syriaque du livre de Baruch (la seconde moitié du premier siècle ap. J.-C.) dit que quand « le Messie commencera a être révélé... la terre aussi produira ses fruits 10 mille fois autant, et sur chaque vigne, il y aura un millier de grappes, et chaque grappe produira un millier de raisins, et chaque raisin produira un cor [220 litres] de vin (29.4-6). 

Des descriptions presque identiques se trouvent dans le livre d'Hénoc (10.17-19) et dans la littérature rabbinique.  Papias (environs 60 à 130 ap. J.-C.) un des premiers Pères de l'église, répète aussi cette tradition, presque mot pour mot, l'appliquant au millenium - un règne terrestre de paix et de prospérité d'un millier d'années, possédé par le Christ et les saints ressuscités. 

Il est remarquable que Barnabé (135 ap. J.-C.) et de nombreux écrivains chrétiens après lui, interprètent le millenium comme le Sabbat cosmique qui suit les six mille ans symbolisés par les 6 jours de la création lequel sera caractérisé par le règne paisible et lumineux du Christ sur cette terre. (« Il change le soleil, la lune et les étoiles, ensuite il se reposera bien le septième jour. » (15.5) 

La signification typologique du Sabbat, comme symbole de l'âge futur du repos et de la prospérité, explique probablement pourquoi Beth Shammai interdit le don de biens dotaux à un orphelin qui se marie, et les contributions pour les pauvres dans la synagogue, le Sabbat.  Les actes de charité le Sabbat, annulent l'espérance d'une prospérité matérielle future, symbolisée par l'observation présente du Sabbat.

Les citations précédentes suffisent pour montrer non seulement un degré de continuité et de similarité entre les points de vue juives et chrétiennes de la restauration à la consommation des temps, mais aussi une dépendance commune basée sur la vision de paix, prospérité et harmonie d’Eden, qui sont typifiées par le Sabbat.

Le délice du Sabbat.

Le délice et la joie du Sabbat Edénique inspirèrent probablement la vision prophétique de l'âge Messianique. Théodore Friedman note que « deux des trois passages dans lesquels Esaïe fait mention du Sabbat, sont reliés par le prophète à la fin des jours. (Esaïe 56.1-7; 58.13-14; 66.20-24)...Ce n'est pas une pure et simple coïncidence qu'Esaïe emploie les mots « délicieux » (oneg) et « glorifies » (kavod) dans sa description du Sabbat et de la fin des jours. (58.13- « Et tu qualifies le Sabbat de délicieux...et tu le glorifies »: 66.11- « Afin que vous savouriez avec délice la surabondance de sa gloire.») L'implication est claire. Le délice et la joie qui marqueront la fin des jours sont réalisables ici-même et pas par le Sabbat.» 

Le concept du délice du Sabbat semble être dérivé de la vision du Sabbat Edénique: un jour de joie, de lumière, d'harmonie et de paix, lequel sert comme un paradigme du temps futur.

Les lumières du Sabbat.

Le délice du Sabbat s'exprime dans la tradition Juive, par l'allumage de lumières durant ce jour. Cet acte, le privilège de la femme Juive, est interprété comme symbolique de la lumière extraordinaire que Dieu fit briller pendant 36 heures (du vendredi matin au samedi soir), en considération pour le Sabbat.

Cette conclusion est tirée d'une curieuse interprétation rabbinique du titre du Psaume 92: « Psaume, cantique pour le jour du Sabbat ». « R. Lévi dit au nom de R. Zimra: « Pour le jour du Sabbat », c'est à dire, pour le jour où les ténèbres ne viennent pas. On remarque qu'il est écrit pour les autres jours: « Il y eut un soir et il y eut un matin, un jour », mais les mots « Il y eut un soir » ne sont pas écrits du Sabbat...La lumière du Sabbat continuait pendant trente-six heures.» 

Un ancien commentaire Juif de l'Ancien Testament, le Midrash, interprète le texte que « Dieu bénit le septième jour » (Gn 2.3) comme signifiant qu'il le bénit avec la bénédiction de la lumière.  Adam fut le premier à profiter d'une telle bénédiction, parce que Dieu laissa Sa lumière briller sur lui, quoi qu'il méritât d'être privé d'elle, en raison de sa désobéissance.

Selon le Midrash, le Sabbat agissait comme sauveur d'Adam, quand Dieu fut sur le point de le détruire le vendredi soir, à cause de son péché: « A ce moment le Sabbat arrivait et devint l'avocat d'Adam, disant à Dieu Saint, bénit soit-il: « Durant les six jours de la création, personne ne subit la punition. Et la commencerais-tu avec moi? Est-ce ma sainteté? Est-ce mon repos? » Et ainsi Adam fut sauvé de la destruction dans la géhenne, par l'intercession du Sabbat. Quand Adam vit le pouvoir du Sabbat, il fut sur le point de chanter un hymne en son honneur». 

Le rôle rédempteur de ce Sabbat primordial, dans la tradition Juive, est impressionnant.  Etant vu comme le symbole de la Rédemption primordiale, le Sabbat pouvait effectivement typifié la restauration future Messianique. La tradition d'allumer des lumières le Sabbat, semble être lié symboliquement, non seulement à la lumière surnaturelle qui brilla sur Adam durant le premier Sabbat (ce qui était vu en tant qu'assurance de salut), mais aussi à la lumière extraordinaire de l'âge messianique.

Les prophètes envisageaient l'apparence de lumière luisante durant les derniers jours: « La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus brillante, comme la lumière de sept jours » (Esaïe 30.26). La comparaison à « la lumière de sept jours » est probablement une allusion aux sept jours de la création, qui, selon l'explication du Midrash, étaient illuminés d'une lumière extraordinaire, plus brillante que le soleil. 

Zacharie parle d'un « jour unique... il n'aura plus de jour et de nuit, mais à l'heure du soir brillera la lumière » (14.7 TOB; FC - « il fera continuellement jour, on ne distinguera plus entre le jour et la nuit, même le soir, il fera clair ».). Cette remarque se réfère probablement aux septième jour de la création, qui dans la Genèse, ne fait pas mention de l'expression « soir et matin ». Ce détail fut interprété comme signifiant que le Sabbat était spécialement bénit par une lumière surnaturelle, permanente.

Et puis, il est possible que cette vision prophétique de la lumière surnaturelle de l'âge messianique, soit tirée de la notion de la lumière extraordinaire qu'Adam a expérimentée durant le premier Sabbat. Selon la tradition Juive, cette lumière disparut à la fin du Sabbat de la création à cause de la désobéissance d'Adam; mais on s'attend qu'elle va réapparaître dans les derniers jours. 

Le repos du Sabbat.

Abraham Joshua Heschel explique que le thème du repos du Sabbat (menuhah) pour ceux qui connaissent la Bible, « est le même que le bonheur et la tranquillité, la paix et l'harmonie.»  Ce thème a servi comme un symbole efficace de l'ère Messianique, souvent connue comme « la fin des jours » ou « l'autre monde.»

Dans l'Ancien Testament, la notion de « repos » fut utilisée pour exprimer les aspirations nationales pour une vie paisible dans un pays de repos (Dt 12.9; 25.19; Es 14.3), où le roi fournirait au peuple un repos de tous leurs ennemis (2 S 7.1), et où Dieu établirait Son « lieu de repos » parmi Son peuple et spécialement dans Son sanctuaire à Sion (2 Ch 6.41; 1 Ch 23.25; Ps 132.8,13,14; Es 66.1). 

Ces références au « repos » (menuhah) national, ne se rapportent pas spécifiquement au repos du Sabbat. Cependant, il semblerait raisonnable de présumer que ce fut l'expérience hebdomadaire du repos du Sabbat qui servit de modèle pour symboliser la plus grande aspiration de repos national. 

Le rapport entre le repos du Sabbat et le repos national est clairement établi dans Hé 4.4,6,8, où l'auteur semble faire appel à un concept familier. Dans ce passage, l'auteur parle du repos du Sabbat de la création comme étant le symbole de l'entrée promise dans le pays de Canaan, qui la génération du désert manqua d'entrer (v.6), mais qui fut partiellement réalisée, quand Josué guida les Israélites à entrer dans le pays du repos (v.8).

Une autre indication explicite se trouve dans un commentaire Rabbinique du Psaume 92: « Un psaume, un chant pour le jour du Sabbat—- pour le jour quand le peuple de Dieu demeurera dans la paix: « Mon peuple demeurera dans un séjour de paix, dans des habitations sûres, dans des retraites tranquilles » (Es 32.18).»  Ce commentaire lie clairement l'expérience du repos du Sabbat à la vision messianique d'Esaïe, de paix, de sécurité, et de retraites tranquilles.

Dans l'oeuvre apocalyptique qui est connu par le nom des « Livres d'Adam et Ève » (du premier siècle apr. J.-C.), l'archange Michel exhorte Seth en disant: « Homme de Dieu, ne pleure pas plus de 6 jours pour la mort, car le septième jour est un signe de résurrection et de repos, de l'âge à venir; durant le septième jour, le Seigneur se reposa de tout Son travail.» 

Un point de vue semblable est exprimé dans « Genèse Rabbah 17.5 » : « Il y a trois antitypes: L'antitype de la mort qui est le sommeil, l'antitype de la prophétie qui est le rêve, l'antitype de l'âge à venir qui est le Sabbat. » Cet « âge à venir » ou « l'autre monde »  est fréquemment assimilé à l'âge messianique, lequel est caractérisé par l'abondance matérielle (Am 9.13-14; Es 30.23-25; Jr 31.12), la justice sociale (Es 61.1-9, l'harmonie entre l'humanité et les animaux (Es 65.25; 11.6), la lumière luisante (Es 30.26, Za 14.6-7), et la paix et le repos (Es 32.18; 14.3).

Ces caractéristiques variées de l'âge messianique sont groupées ensemble dans 2 Baruch (une autre oeuvre apocalyptique Juive de la deuxième moitié du premier siècle apr. J.-C.), où l'auteur décrit « le temps de mon Messie », en disant: « Et, il advint que la joie soit révélée et le repos apparaîtra, quand il aura abaissé chaque chose qui est dans le monde, et qu'il s'assoira en paix pour l'éternité.» 

La littérature Rabbinique fournit aussi des exemples explicites où le repos du Sabbat et la structure septénaire du temps sont employés pour signifier l'autre monde et l'arrivée du Messie. Par exemple, le Talmud Babylonien dit: « Nos rabbins enseignent: A la fin du Sabbat, le fils de David viendra. R. Joseph soulève l'objection: Mais beaucoup de Sabbats ont passé, cependant, il n'est pas venu!» 

Le septième âge associé avec l'arrivée du Messie est souvent décrit comme un temps de repos Sabbatique. A la fin du Mishnah Tamid, on lit: « Un Psaume, un chant pour le jour du Sabbat—- un chant pour le temps à venir, pour le jour qui est tout repos du Sabbat, dans la vie éternelle.» 

Les exemples ci-dessus suffisent pour montrer comment l'expérience du repos du Sabbat servit à entretenir l'espoir de la paix et du repos messianique futur. La Mishnah indique que le temps de la Rédemption vint à être connu comme « tout Sabbat et repos dans la vie éternelle.» 

La libération du Sabbat.

La liberté, la délivrance, et la libération, que les Sabbats hebdomadaires et annuels étaient destinés à accorder à chaque membre de la société Hébraïque, avaient aussi servi comme symboles efficaces de la Rédemption messianique.

Dans la version Deutéronome du quatrième commandement, le Sabbat est explicitement lié à la libération de l'Exode: « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Egypte, et que l’Eternel, ton Dieu, t'en à fait sortir à main forte, et à bras étendu: c'est pourquoi l’Eternel, ton Dieu, t'a commandé de célébrer le jour du Sabbat » (Dt 5.15).

Le rapport entre le Sabbat et la délivrance de l'Exode peut expliquer pourquoi le Sabbat devint idéologiquement attaché à la Pâque, qui était la célébration annuelle de la délivrance de l’Egypte.  D'une certaine façon, le Sabbat vint a être connu comme une « petite Pâque », de la même façon que plusieurs Chrétiens voient leur Dimanche hebdomadaire comme étant une « petite Pâques ».

Le rapport rédempteur entre le Sabbat et la Pâque peut être vue dans l'usage du terme « shabbat » (Sabbat) dans Lévitique 23, qui désignait deux fêtes annuelles: la Pâque et la fête annuelle des expiations (v. 11,15,32). La dernière, comme la première, avait aussi un sens rédempteur eschatologique. Au jour des expiations, le souverain sacrificateur, après avoir encensé le saint des saints, priait pour une année de prospérité et pour l'arrivée du Messie (Gemara 53b). 

Quelques Rabbins enseignaient: « Pendant le septième mois, le mois de Tishri qui arrive, je te rachèterai. Mais ce Tishri est arrivé, et un autre Tishri de plus, et cependant, Tu ne m'as pas racheté.»  Cet énoncé est remarquablement similaire au commentaire rabbinique concernant le Sabbat, cité plus haut: « A la fin du Sabbat, le fils de David viendra. R. Joseph soulève l'objection: Mais beaucoup de Sabbats ont passé, cependant, il n'est pas venu!» 

Les années sabbatiques et la Rédemption.

La remise, promise aux opprimés de la société Hébreuse par l'année sabbatique (chaque septième année, Lv 25.8) joua un rôle majeur en entretenant la vision de la Rédemption messianique. La raison étant que les années sabbatiques avaient au moins trois importantes caractéristiques messianiques.

Premièrement, c'était la promesse de remise des dettes et de propriété personnelle, laquelle fournissait une image effective pour symboliser la délivrance messianique attendue (Es 61.1-3,7; 40.2). 

Il convient de noter que le terme « pardon » (aphesis) dans le Nouveau Testament est le même terme employé dans la Septante pour désigner les Sabbats annuels, qu'on appelle techniquement « la remise » [« relâche »- S], « la remise du Seigneur », « l'année de la remise » (Dt 15.1,2,9; 31.10; Lv 25.10). Ceci suggère que la vision de la remise sabbatique des injustices sociales ait été vue comme la préfiguration de la remise messianique future de l'esclavage du péché. 

Esaïe 61.1-3 emploie l'image de la remise sabbatique pour décrire la mission du Messie qui apportera l'amnistie jubilaire et la remise (libération) des captifs. Bientôt, on verra que le Christ se servira de cette même image pour annoncer et expliquer la nature de Sa mission rédemptrice.

Une seconde caractéristique messianique des années sabbatiques peut-être vue dans la sonnerie du cor (yobel duquel vient le terme « jubilé »).  Esaïe se sert de l'image de la sonnerie du cor du jubilé pour décrire le rassemblement messianique des exilés (Es 27.13; cf. Za 9.9-14). Il est possible que le Nouveau Testament se réfère à la même image du jubilé quand il décrit que la trompette annonce le retour du Christ (1 Co 15.52; 1 Th 4.16; Mt 24.31).

La troisième caractéristique messianique se rapporte à la sonnerie de la trompette au dixième jour du septième mois (la fête annuelle des expiations), quand on faisait retentir les sons éclatants du cor pour annoncer l'année du jubilé (Lv 25.9). Au jour des expiations, Dieu offrait au peuple le pardon et un nouveau commencement moral (Lv 16.13-19). C'était ceci qui inaugurait la remise sabbatique de l'année du jubilé.

Le rapport entre le jour des expiations et l'année du jubilé fut remarqué par des rabbins qui ont dit: « Le Seigneur veut pardonner la dette d'Israël, le septième mois qui est Tishri, à la sonnerie du cor. Tout comme le Saint Fidèle (bénit soit-Il) a eu miséricorde pour Israël dans cette ère au moment de la sonnerie du cor, de même, dans le futur, J'aurai miséricorde sur vous par le cor et Je ramènerai vos rachetés ». 

La structure sabbatique du temps.

L'unique caractéristique messianique des années sabbatiques inspira apparemment l'usage de la structure sabbatique du temps pour mesurer le temps d'attente de la Rédemption messianique. Certains appellent ce phénomène « le messianisme sabbatique »  ou le « chronomessianisme ». 

L'endroit classique du messianisme sabbatique se trouve dans Daniel 9, où deux périodes sabbatiques sont données. La première se rapporte aux 70 années de la prophétie de Jérémie concernant le temps de la restauration nationale des Juifs (Dn 9.3-19) et qui consiste en 10 années sabbatiques (10X7).

La seconde période est de « 70 semaines (chabouim) » techniquement « soixante-dix cycles sabbatiques », lesquels mènent à la Rédemption messianique (Dn 9.24-27). Ce messianisme sabbatique se trouve plus tard dans la littérature Juive, tel que le livre des Jubilés (7.29) et le texte fragmentaire de IIQ Melchisédek (découvert en 1956 dans la grotte II de Qumran).  De plus, d'autres exemples se trouvent dans la tradition rabbinique. Par exemple, le Talmud dit: « Élie dit à rabbin Juda... « le monde ne durera pas plus que 85 jubilés, et dans le dernier jubilé, le fils de David viendra ». 

Conclusion.

Ce bref exposé des symboles sabbatiques; tel que la paix et la prospérité du Sabbat, le repos du Sabbat, la libération du Sabbat, et la structure sabbatique du temps; indique qu'au temps de l'Ancien Testament, les Sabbats hebdomadaires et annuels servaient, non seulement pour fournir le repos physique et la libération des injustices sociales, mais aussi pour incarner et nourrir l'espoir de la Rédemption future messianique.

Rabbin Heschel saisit vivement le symbolisme messianique du Sabbat dans l'Ancien Testament, quand il écrit: « Sion est en ruines, Jérusalem gît dans la poussière. Durant toute la semaine, il y a seulement l'espérance de Rédemption; comme si, pour un moment, l'esprit du Messie se déplaçait sur la surface de la terre ».