•     Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose de ses oeuvres, comme Dieu s’est reposé des siennes. Hébreux 4:9–10

Continuité du Sabbat entre judaïsme et christianisme

Ma première raison pour croire dans la permanence de l’observation du Sabbat, est la continuité marquée entre le judaïsme et le christianisme que je perçois dans le Nouveau Testament. Historiquement, les vues de l’abrogation et de la substitution du Sabbat, ont été basées largement sur la supposition que la venue du Christ occasionna une discontinuité radicale entre l’Ancien et le Nouveau Testament, la loi et la grâce, le judaïsme et le christianisme. L’abandon du Sabbat et l’adoption du Dimanche sont vus comme l’évidence la plus manifeste de cette discontinuité radicale.

La discontinuité alléguée.

Il est allégué que les premiers convertis qui acceptèrent le Christ comme leur Messie et Sauveur, se sont perçus immédiatement comme le « nouveau peuple d’Israël », d’un nouveau Moïse et d’une nouvelle foi. Censément, ils se rendaient compte que la dispensation de la loi était passée et que maintenant ils vivaient dans la dispensation de la grâce.

Pour donner expression à leur nouvelle foi, les premiers chrétiens sentirent immédiatement l’urgence d’adopter, entre autres choses, une nouvelle place et un nouveau temps de culte. Tout simplement, l’origine du christianisme résulte d’une séparation immédiate et radicale du judaïsme, ce qui causa des innovations rigoureuses de la liturgie et du calendrier religieux.

Une conception erronée.

Cette conception d’origines chrétiennes est inexacte et fallacieuse. Le Nouveau Testament indique que la venue du Christ apporta une certaine discontinuité en accomplissant les promesses de l’Ancien Testament. Mais cette discontinuité n’est jamais interprétée en termes d’abrogation de la loi de Moïse en générale, ou de l’abrogation du Sabbat en particulier. La signification de la discontinuité doit être définie en terme du sens de continuité qui est évident dans le Nouveau Testament. Pour illustrer la présence d’une continuité, on étudiera brièvement quelques textes dans les écrits de Luc, et dans Matthieu et Hébreux.

1. LA CONTINUITÉ DANS LES ÉCRITS DE LUC

Les Juifs croyants.

Luc souligne la continuité entre le judaïsme et le christianisme en diverses façons. Un bon exemple se trouve dans sa description de l’église apostolique. Maintes et maintes fois il rend compte de multitudes de milliers de Juifs qui sont convertis (Ac 2.41; 4.4; 5.14; 9.42; 12.24; 13.43; 14.1; 17.12; 21.20).

Pour un lecteur moderne, la « conversion » implique un changement radical dans le genre de vie et/ou de religion. Cependant, ceci n’était pas nécessairement le cas des premiers convertis. Pour les « plusieurs milliers » de Juifs qui crurent (Ac 17.20), leur acceptation de Jésus de Nazareth comme le Messie qu’ils attendaient, ceci ne signifiait pas pour eux, un renoncement de leur religion juive pour se joindre à une nouvelle religion du christianisme. Ils se voyaient eux-mêmes, tout simplement comme « des Juifs croyants »[1].

Les Juifs pouvaient être convertis par milliers parce que leur acceptation de Jésus de Nazareth comme le Messie qu’ils attendaient, ne signifiait pas pour eux un renoncement à leur religion, mais plutôt, l'accomplissement de leur espérance messianique. La situation changea dramatiquement quand la mission chrétienne parvint au-delà des Juifs et prosélytes Juifs, aux païens « purs ». Par la suite, les baptêmes ne se produisirent pas journellement par milliers, mais généralement en plus petit nombre, chaque année durant la Pâques. Ceci, à cause que les païens, contrairement aux Juifs, devaient se détacher radicalement de leurs anciennes pratiques et croyances.

Le respect pour la loi.

Le sens de continuité est évident dans le respect que Luc a pour la loi. Il décrit les milliers de Juifs croyants qui « sont zélés pour la loi » (Ac 21.20). Il décrit Paul comme un « Pharisien » (Ac 23.6) qui croit « tout ce qui est écrit dans la loi et dans les prophètes » (Ac 24.12), et qui n’a rien fait « contre la loi des Juifs, ni contre le temple » (Ac 25.8, 28.17). Pour prouver qu’il se conduisit « en observateur de la loi », Paul se chargea d’entreprendre une purification au temple (Ac 21.24-26).

A plusieurs reprises, Luc parle de « la loi de Moïse » (Lc 2.22; 24.44; Ac 13.39; 28.23) qu’il appelle les « paroles vivantes » (Ac 7.38FC). Jacob Jervell indique qu’il « n’y a pas de conflit envers la loi dans l’attitude de Jésus décrite dans plusieurs débats concernant le Sabbat. Luc rapporte pas moins de quatre débats, et il s’occupe de montrer que Jésus agissait en conformité totale à la loi, et que les dirigeants Juifs n’étaient pas capable de soulever aucune objection[2]

La reconnaissance de discontinuité.

Ceci ne signifie pas que Luc ignore la discontinuité causée par la venue du Christ. Il voit en Christ l’accomplissement de chaque chose écrite « dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes » (Lc 24.44,27; 4.21). Cet accomplissement implique l’inauguration d’un nouvel âge.

La discontinuité est aussi présente dans l’énoncé de Jésus dans Luc 16.16: « Jusqu’à Jean, c’étaient la loi et les prophètes; depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé comme une bonne nouvelle.» Ce verset indique certainement un élément de discontinuité parce que l’âge de la loi et des prophètes a cédé la place à la proclamation du royaume de Dieu.

Cependant, cette discontinuité n’entraîne pas une abrogation de la loi, car le verset suivant déclare: « Il est plus facile pour le ciel et la terre de passer, que pour un seul trait de lettre de la loi de tomber » (v.17).