•     Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose de ses oeuvres, comme Dieu s’est reposé des siennes. Hébreux 4:9–10

Jésus, les épis de blé et Le sabbat

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Un jour[1] de sabbat, Jésus traversait des champs de blé mur. Ses disciples[2] l’accompagnaient et avaient faim[3]. Tout en cheminant, «

chemin faisant»[4], ils se mirent alors « à arracher des épis », à les « froisser »[5]dans leur main, puis à en « manger » les grains.

C’est alors qu’entre en scène « les Pharisiens ». Surgissant de nulle part[6], et au nombre de « quelques-uns », ils semblent faire irruption dans le champ de blé. Ni Mathieu, ni Marc, ni Luc ne nous informe quant au lieu où ils auraient pu se trouver. Néanmoins ils étaient bien là, quelque part, épiant les faits et gestes de Christ et des disciples. 

Le blâme qu’il ne tarde pas à formuler au Christ le montre : « Voici que tes disciples font ce qu’il n’est pas permis de faire pendant le sabbat »[7].Le reproche, telle une flèche acérée, cible sans doute le Christ, ce prétendu « maître » accomplissant les prétendus « œuvres de Dieu », qui pourtant laisse sans prompte réaction « ses » disciples transgresser la loi du sabbat : « Tes disciples font ce qu’il n’est pas permis de faire pendant le sabbat »[8].Néanmoins l’interpellation vise plus directement les « disciples ». Ce sont eux, et non pas leur maître, qui « font ce qu’il n’est pas permis de faire pendant le sabbat »[9].

Jésus Transgresse-t-il le sabbat ?

On pourrait croire, de prime abord, que les Pharisiens se souciaient de la propriété d’autrui. N’était-il pas les gardiens estimés de la loi ? Mais Mathieu balayant toute conjecture nous transporte en plein cœur de la controverse. Les compagnons du Christ n’étaient pas accuser de quelque brigandage, « foulant », « violant » la propriété d’autrui ou « dérobant » sans scrupule le fruit du labeur de leur prochain[10]. Qui aurait pu blâmer quelques hommes « Arrachant » et « froissant » quelques épis de blé pour soulager leur faim ? La loi ne déclarait-elle pas : « Si tu entres dans les blés du prochain, tu pourras cueillir des épis avec la main »[11] ? L’interdiction reposait seulement sur le maniement d’instrument de moissonnage : « mais tu ne manieras pas la faucille sur les blés de ton prochain »[12]

Le fait que les disciples « arrachent » et « froissent » dans un champ ne leur appartenant pas quelques épis de blé pour soulager leur faim, auraient passé inaperçu si cela avait eût lieu un autre jour.Mais voilà c’était en plein sabbat qu’ils avaient « arraché » et « froissé » des épis. Ils étaient donc surpris en flagrant délit de transgression du sabbat. Le verdict qui avait été proféré leur était totalement défavorable. Ils étaient accusés de faire « pendant le sabbat » « ce qu’il n’est pas permis de faire »[13]. Le jugement prononcé était sans appel. Les disciples surprit en flagrant délit, le jury pharisaïque avait tranché sur-le-champ. L’accusation prononcée équivalait à une sentence de condamnation[14].

Si les Pharisiens trouvent dans les « simples » actes des disciples des motifs valables d’accusations, et si ces motifs sont à leurs yeux si importants qu’ils jugent nécessaire de formuler leur accusation auprès du Christ ; C’est que pour eux une juste observation du sabbat ou l’on fait « ce qui […] est permis de faire »[15], contrairement aux disciples qui « font ce qu’il n’est pas permis de faire »[16], est d’importance primordiale.

Le blâme que formulaient les Pharisiens à l’encontre des disciples impliquait que les disciples étaient transgresseurs de la loi du sabbat, en désaccord avec la volonté de Dieu et par conséquents coupables, méritant tous les châtiments que la loi promet aux profanateurs du sabbat. A l’opposé ceci impliquait qu’ils étaient, eux, les vrais observateurs du sabbat, accomplissant justement la volonté de Dieu. Il était évident qu’ils ne pouvaient se considérer comme coupable.Néanmoins le blâme formulé était-il fondé sur une référence explicite de la loi de Dieu donnée à Moïse ? Peut-on trouver une référence interdisant, explicitement sinon implicitement, de cueillir, le sabbat, avec la main, quelques épis de blé ?

En réalité le blâme formulé à l’encontre des disciples était fondé bien plus sur « l’interprétation » que les pharisiens s’étaient fait de ce qui constituait une « observance » juste du sabbat, que sur la loi du sabbat elle-même. Ayant défini avec précision les actes permis et interdits ce jour là, ils croyaient posséder la règle infaillible qui leur permettait de juger et de condamner les comportements de ceux qui ne se conformaient pas à l’observance du sabbat qu’ils pensaient être la bonne.

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« En arrachant », « tillontes »[17] les épis de blé, les disciples accomplissaient purement et simplement une sorte de moissonnage. Ceci constituait la première transgression. En outre, les disciples en « froissant », « fwcontes »[18] les épis augmentaient leur coulpe en « battant » le blé « moissonnés ».

Cette interprétation de l’observance du sabbat, ses règles qu’ils avaient battis et qui indiquaient ce qui constituait une juste observation du sabbat, les disciples les avaient enfreint.

En outre tout juif savait qu’il devait préparer son repas du sabbat depuis le vendredi avant le couché du soleil. « Demain est le jour férié, le saint jour », avait déclaré Moïse, « le saint sabbat de l’Eternel ; faites cuire ce que vous avez à faire cuire, faites bouillir ce que vous avez à faire bouillir ». Une chose est certaine c’est que ce sabbat là, les disciples ne disposaient pas, dans les champs de blés, du repas qu’ils devaient normalement avoir déjà préparé[19]. Cela donnait aux Pharisiens, gardiens rigides des règles, l’occasion de formuler leur blâme.Dans le récit de la guérison, de l’infirme de béthesda[20], Jésus, « personnellement » accusé, s’était aussi « personnellement » défendu : « mon Père jusqu’à présent, est à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre »[21] avait-il déclaré. De la sorte il fondait sa défense sur sa filialité divine.

Mais dans ce cas particulier se sont ses disciples qui sont accusés de faire « ce qu’il n’est pas permis de faire pendant le sabbat »[22]. Fondant sa réponse sur deux exemples tirés de l’Ancien Testament où sont relatés des actes accomplis, le jour du sabbat, par des hommes qui se trouvent au service de Dieu, et démontrant ainsi l’inconséquence de l’accusation, il les innocentera.Les Pharisiens se considéraient comme les élites intellectuelles et spirituelles de la nation juive. Le fait que Christ, pour innocenter ses disciples, formule sa réponse de telle façon, que leur oublie, leur ignorance ou plus simplement leur manque de pénétration de ce récit de la Torah, apparaisse au grand jour, impliquait un reproche irritant